{"id":5660284,"date":"2022-08-16T18:27:41","date_gmt":"2022-08-16T21:27:41","guid":{"rendered":"https:\/\/ebp.org.br\/nordeste\/jornadas\/2022\/?p=5660284"},"modified":"2022-08-16T18:40:15","modified_gmt":"2022-08-16T21:40:15","slug":"parentes-exasperes-enfants-terribles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ebp.org.br\/nordeste\/jornadas\/2022\/2022\/08\/16\/parentes-exasperes-enfants-terribles\/","title":{"rendered":"Parentes Exasp\u00e9r\u00e9s &#8211; Enfants Terribles"},"content":{"rendered":"<h3><span style=\"color: #333333;\"><strong>PARENTS<\/strong> <strong>EXASP\u00c9R\u00c9S<\/strong> <strong>\u2013<\/strong> <strong>ENFANTS<\/strong> <strong>TERRIBLES<\/strong><\/span><\/h3>\n<h6><strong>Daniel<\/strong> <strong>Roy<\/strong><\/h6>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Tel est le titre que Jacques-Alain Miller nous propose pour notre prochaine Journ\u00e9e de l\u2019Institut psychanalytique de l\u2019Enfant.<\/p>\n<p>C\u2019est un titre dans l\u2019air du temps, qui n\u2019est pas langue de bois. Il fait r\u00e9sonner une r\u00e9alit\u00e9 bien quotidienne concernant les rapports des parents et des enfants du si\u00e8cle. Il nous concerne aussi en tant que ceux-ci nous y impliquent. Ce titre nous engage \u00e0 nous inscrire dans le fil de<\/p>\n<p>l\u2019interrogation de Lacan \u00e0 la fin de son enseignement, en d\u00e9cembre 1976 : \u00ab Est-il, oui ou non, fond\u00e9, ce rapport de l\u2019enfant aux parents ? 1\u00bb<\/p>\n<p>Comment est-il fond\u00e9 pour Nina, 4 ans, qui vient consulter \u00ab parce que j\u2019\u00e9coute pas papa et maman \u00bb, dit-elle ? Eux disent de leur fille \u00ab qu\u2019elle fait des crises \u00bb. Elle crie et jette ses objets, \u00ab une vraie tornade \u00bb. Punir, lui parler, rien n\u2019y fait, \u00ab elle n\u2019\u00e9coute pas la directive \u00bb. La maman se culpabilise d\u2019avoir \u00ab ab\u00eem\u00e9 sa fille \u00bb et note les difficult\u00e9s de Nina \u00e0 se s\u00e9parer d\u2019elle en toutes circonstances.<\/p>\n<p>Et pour Maxence, 3 ans et 7 mois, qui n\u2019arr\u00eate pas de faire des col\u00e8res, qu\u2019en est-il ? \u00ab En famille on n\u2019arrive pas \u00e0 le g\u00e9rer, il veut nous organiser ! \u00bb. B\u00e9b\u00e9 d\u00e9j\u00e0, ses cris \u00e9taient insupportables pour ses parents qui n\u2019arrivaient pas \u00e0 le calmer. Maxence restera lors des premi\u00e8res rencontres, tr\u00e8s coll\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re, dans un usage sans limites du corps de celle-ci. Maxence n\u2019aurait-il pas un objet doudou ? \u00ab Mais c\u2019est moi ! \u00bb r\u00e9pondra sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>De ces deux rencontres et de nombreuses autres, se d\u00e9duit une perspective pr\u00e9cise : les crises, les col\u00e8res, l\u2019enfant qui n\u2019\u00e9coute pas, que les parents ne peuvent pas g\u00e9rer, tout en s\u2019ext\u00e9nuant \u00e0 le faire, nous pouvons consid\u00e9rer tout cela comme le principe organisateur de la famille. Plus encore, ces signifiants, et d\u2019autres, sont devenus r\u00e9ellement ce qui fonde un rapport direct et sans m\u00e9diation de l\u2019enfant aux parents, en tant que ces signifiants r\u00e9alisent une prise en masse des corps en pr\u00e9sence et qu\u2019ils concentrent l\u2019attention et la libido de tous.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas la famille qui est en crise, c\u2019est la crise qui se trouve au fondement-m\u00eame de la famille : tel est le nouveau principe de la famille post-moderne. \u00ab Enfant-le-terrible \u00bb y appara\u00eet comme condensateur de jouissance pour chacun. Tous au bord de la crise de nerf. Tel est le chaudron dans lequel nous sommes invit\u00e9s \u00e0 plonger.<\/p>\n<p><strong>Familles<\/strong> <strong>\/<\/strong> <strong>Transmissions<\/strong><\/p>\n<p>La famille du XXIe\u00a0si\u00e8cle, n\u2019est plus la famille dite traditionnelle ou patriarcale, ni la famille conjugale du si\u00e8cle dernier. Elle est une r\u00e9ponse nouvelle \u00e0 l\u2019\u00e9nigme de la transmission qui est au c\u0153ur m\u00eame de cette \u00ab formation humaine \u00bb.<\/p>\n<p>En 1938, dans son texte \u00ab Les complexes familiaux dans la formation de l\u2019individu \u00bb, la \u00ab famille moderne 2\u00a0\u00bb est pour Lacan, le produit \u00ab d\u2019un remaniement profond 3\u00a0\u00bb qui n\u2019est en<\/p>\n<p>rien une simplification vers une unit\u00e9 sociale \u00e9l\u00e9mentaire (papa, maman, les enfants), mais \u00ab une contraction de l\u2019institution familiale 4\u00a0\u00bb, \u00ab sous l\u2019influence pr\u00e9valente du mariage 5\u00a0\u00bb et il adopte le terme de \u00ab famille conjugale 6\u00a0\u00bb, pr\u00e9lev\u00e9 chez Durkheim.<\/p>\n<p>Ce remaniement a comme cons\u00e9quence directe de faire appara\u00eetre une toute autre dimension de la transmission, que Lacan souligne en 1969, dans sa \u00ab Note sur l\u2019enfant \u00bb : \u00ab La fonction de r\u00e9sidu que soutient (et du m\u00eame coup maintient) la famille conjugale dans l\u2019\u00e9volution des<\/p>\n<p>soci\u00e9t\u00e9s, met en valeur l\u2019irr\u00e9ductible d\u2019une transmission [\u2026] qui est d\u2019une constitution subjective, impliquant la relation \u00e0 un d\u00e9sir qui ne soit pas anonyme 7\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La transmission n\u2019est plus ici transmission automatique d\u2019un nom et d\u2019une autorit\u00e9. Elle n\u2019existe que li\u00e9e \u00e0 un d\u00e9sir, en tant qu\u2019incarn\u00e9, soit par la voie d\u2019un manque, soit par celle de<\/p>\n<p>la nomination dans la parole. Il y a l\u00e0 un changement de \u00ab l\u2019axe de la fonction signifiante li\u00e9e au terme <em>famille<\/em> 8\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans cette configuration, si nous tra\u00e7ons deux cercles qui se recouvrent en partie, et si nous inscrivons dans l\u2019un des cercles les deux signifiants de \u00ab p\u00e8re \u00bb et \u00ab m\u00e8re \u00bb, et dans l\u2019autre celui de \u00ab enfant \u00bb, alors nous pouvons \u00e9crire dans leur intersection, avec le signifiant de \u00ab d\u00e9sir \u00bb les deux noms de manque et de nomination. S\u2019aper\u00e7oit alors d\u00e9j\u00e0 la partie qui se trame \u00e0 cette place, \u00e0 la fois trait d\u2019union et espace de s\u00e9paration, o\u00f9 viendra se loger le sympt\u00f4me de l\u2019enfant, tel que Lacan l\u2019indique dans la suite de la \u00ab Note sur l\u2019enfant \u00bb.<\/p>\n<p>Mais la famille est d\u00e9sormais plong\u00e9e dans le bain de notre civilisation o\u00f9 les objets issus de la technologie, les objets plus-de-jouir, ont pris autorit\u00e9 et font la loi \u00e0 toutes les formes de l\u2019id\u00e9al. La jouissance y est premi\u00e8re. Dans l\u2019un de ses derniers s\u00e9minaires, le 10 juin 1980, et titr\u00e9 par J.-A. Miller \u00ab Le malentendu \u00bb, Lacan en tire les cons\u00e9quences et \u00e9voque \u00ab deux parlants qui ne parlent pas la m\u00eame langue [\u2026] Deux qui se conjurent pour la reproduction, mais d\u2019un malentendu accompli 9\u00a0\u00bb et qui, en donnant la vie, transmettent ce malentendu. Il s\u2019agit ici d\u2019un malentendu qui porte sur la jouissance et qui s\u2019enracine dans \u00ab le bafouillage des ascendants \u00bb dont le corps nouveau de parlant fait part. Le faire-part de naissance, c\u2019est ce bafouillage o\u00f9 se loge la jouissance, mal-entendue de structure. Alors mettons dans un des cercles \u00ab deux parlants \u00bb, laissons \u00ab enfant \u00bb dans l\u2019autre, et inscrivons dans l\u2019intersection la jouissance entour\u00e9e de son malentendu et du bafouillage. Le r\u00e9el de la jouissance vient ainsi \u00ab s\u2019imprimer \u00bb par en-dessous sur la trame du discours et donner une nouvelle perspective pour le sympt\u00f4me, celle d\u2019un r\u00e9el irr\u00e9ductible entre parents et enfants qui les lie et qui les s\u00e9pare, \u00ab \u00e0 un point de \u201con ne parle pas de \u00e7a\u201d 10\u00a0\u00bb pr\u00e9sent dans chaque famille.<\/p>\n<p><strong>Familles<\/strong> <strong>\/<\/strong> <strong>Dysfonctionnements<\/strong><\/p>\n<p>Voil\u00e0 donc l\u2019actuelle famille r\u00e9sidu : un ensemble constitu\u00e9 par la r\u00e9union, au sens math\u00e9matique, de deux ensembles, celui des \u00ab parents \u00bb, des deux parlants, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et celui des \u00ab enfants \u00bb de l\u2019autre. L\u2019intersection \u00e9tant constitu\u00e9e de ce qu\u2019ils ont en commun, \u00e0 savoir, malentendu et bafouillage sur la jouissance des corps, transmis par la voie de d\u00e9sirs incarn\u00e9s, dans les meilleurs des cas. Cette structure suffit \u00e0 rendre compte de l\u2019incroyable diversit\u00e9 sociologique des familles actuelles, et de la tr\u00e8s grande vari\u00e9t\u00e9 de type de parents et de type d\u2019enfants qu\u2019elles agr\u00e8gent, comme nous le constatons dans nos pratiques. Mais ce qui passe inaper\u00e7u, c\u2019est que \u00ab famille \u00bb n\u2019est plus un signifiant donn\u00e9 \u00e0 l\u2019avance en tant qu\u2019inscrit dans le symbolique, que ce soit par la filiation ou par l\u2019alliance. Cette inscription est la part qui revient \u00e0 chacun des parl\u00eatres, en tant qu\u2019il fait ou non exister la fonction signifiante de la famille l\u00e0 o\u00f9 s\u2019impose sa fonction de jouissance, cette disjonction faisant souvent venir au premier plan la fonction imaginaire de la famille.<\/p>\n<p>C\u2019est dans cette inconsistance de la famille post-moderne quant au symbolique, que s\u2019engouffrent les discours d\u2019aide \u00e0 la parentalit\u00e9, et de rem\u00e9diation cognitive et comportementale, pour y traquer les dysfonctionnements. Ils viennent aujourd\u2019hui soutenir les id\u00e9aux familiaux en exploitant l\u2019\u00e9cart in\u00e9luctable entre \u00ab enfant-le-parfait \u00bb et \u00ab enfant-le-terrible \u00bb, entre l\u2019enfant-phallus promis par l\u2019id\u00e9al et l\u2019enfant-objet, \u00eatre de jouissance. Cette division percute une femme ou un homme quand ils deviennent \u00ab p\u00e8re \u00bb ou \u00ab m\u00e8re \u00bb. Elle vient \u00ab exasp\u00e9rer \u00bb en chacun d\u2019eux la tension entre la plus-value que fait esp\u00e9rer l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ces signifiants-ma\u00eetres et l\u2019effet de castration, qui lui, s\u2019enregistre comme perte, si ce n\u2019est comme manque.<\/p>\n<p>\u00c0 ne pas \u00eatre prise en charge par un dire singulier, cette division, alors ressentie comme insupportable, est projet\u00e9e sur l\u2019enfant qui prend les traits d\u2019un \u00eatre trompeur et dont la pr\u00e9sence co\u00fbte, en temps, en \u00e9nergie, en argent, etc. Le coaching parental, les aides \u00e0 la parentalit\u00e9, en tant que pratiques de discours, assurent le \u00ab service apr\u00e8s-vente \u00bb de l\u2019agence-ma\u00eetre de la famille : mettre des mots sur une souffrance, donner du sens, apprendre \u00e0 g\u00e9rer les \u00e9motions, selon la vulgate en cours. Ces syntagmes ont pris leur place d\u00e9sormais dans le discours courant, de m\u00eame que certains termes \u00ab pseudo-scientifiques \u00bb \u00e9labor\u00e9s par les experts. Se substituant aux signifiants particularis\u00e9s qui se transmettent dans la langue qui se parle dans ce groupe familial-l\u00e0, ils y font consister les liens de d\u00e9pendance.<\/p>\n<p>Se trouve ainsi occult\u00e9, dans cette zone d\u2019ali\u00e9nation signifiante, ce qui circule comme d\u00e9sir et ce qui se d\u00e9pose de jouissance en jeu, pour chacun des partenaires. C\u2019est en effet sur cette intersection que se fonde le moindre processus de s\u00e9paration, des sevrages de la petite enfance jusqu\u2019aux frasques tumultueuses de l\u2019adolescence.<\/p>\n<p>Il y va de la possibilit\u00e9 pour un enfant de d\u00e9chiffrer les coordonn\u00e9es de la place qu\u2019il occupe pour ses parents comme \u00ab cause de leur d\u00e9sir \u00bb et comme \u00ab d\u00e9chet de leurs jouissances 11\u00a0\u00bb. Ce d\u00e9chiffrage, un enfant le fait avec les signifiants qu\u2019il pr\u00e9l\u00e8ve, qui prennent la valeur singuli\u00e8re de la jouissance pulsionnelle qui les leste. C\u2019est la fonction privil\u00e9gi\u00e9e du jeu de l\u2019enfant, qui noue, autour de l\u2019objet indicible, des bouts de corps, des brins de jouissance et des bribes de discours. Cet objet est le clapet qui ouvre, entre-ouvre ou ferme, l\u2019espace pour une s\u00e9paration.<\/p>\n<p>Quand cet objet n\u2019a pas de place subjectivement comme cause du d\u00e9sir et reste de jouissance, il s\u2019incarne dans enfant-le-terrible, qui \u00ab n\u2019\u00e9coute rien \u00bb, \u00ab n\u2019en fait qu\u2019\u00e0 sa t\u00eate \u00bb, \u00ab fait sa crise \u00bb, \u00ab emp\u00eache tout le monde de dormir \u00bb. Les conseils de guidance parental aussi bien que les diagnostics de type m\u00e9dical, viennent s\u2019ajouter aux plaintes des parents et aux manifestations symptomatiques de l\u2019enfant, et d\u00e9clenchent le pouvoir d\u2019angoisse de l\u2019objet <em>a<\/em>. Cette pr\u00e9sence non-reconnue, qui hante le sympt\u00f4me de l\u2019enfant terrible, vient interroger chacun des parents sur \u00ab la v\u00e9rit\u00e9 du couple familial 12\u00a0\u00bb, exasp\u00e8re la place que peut prendre un enfant \u00ab comme objet <em>a<\/em> dans le fantasme 13 \u00bb de chacun. Cette pr\u00e9sence terrorise aussi \u00ab enfant-le-terrible \u00bb, sous diverses formes fantomatiques et cauchemardesques.<\/p>\n<p>Ainsi le dysfonctionnement n\u2019est pas ce que l\u2019on croit, il ne porte ni sur un mauvais agencement des r\u00f4les parentaux ou des relations parents-enfants, ni sur un mauvais fonctionnement d\u2019une fonction psychique ou cognitive. Le dysfonctionnement consiste \u00e0 ne pas vouloir savoir que la famille est d\u00e9j\u00e0 un mode de traitement de la jouissance des corps parlants en pr\u00e9sence, qu\u2019elle ne r\u00e9pond \u00e0 aucun id\u00e9al, mais qu\u2019elle est plut\u00f4t de l\u2019ordre d\u2019une \u00ab religion priv\u00e9e \u00bb, dont nous ignorons tout quand nous rencontrons parents et enfants et dont nous avons tout \u00e0 apprendre concernant les r\u00e8gles qui s\u2019y appliquent, les rites qui y sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9s, les petits dieux qui y r\u00e8gnent. Plus fondamentalement, nous avons \u00e0 apprendre la langue qui s\u2019y parle, sa grammaire, son vocabulaire. Nous sommes plus proches de ce fait de la position de l\u2019enfant, cherchant \u00e0 d\u00e9chiffrer les \u00e9nigmes, \u00e0 comptabiliser la valeur de jouissance des paroles, des actes et des objets qui circulent, et \u00e0 rendre \u00e0 chacun la part qui lui revient. D\u00e9compacter \u00ab la famille holophrase 14\u00a0\u00bb, en quelque sorte, sans grille d\u2019\u00e9valuation, ni mod\u00e8le id\u00e9al.<\/p>\n<p><strong>Familles<\/strong> <strong>\/<\/strong> <strong>B\u00e9vues<\/strong><\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 l\u2019\u00e9vidence anthropologique, il appara\u00eet que la famille ne rel\u00e8ve en aucune fa\u00e7on d\u2019une logique de l\u2019universel et qu\u2019elle est d\u00e9sormais entr\u00e9e dans une logique du <em>pas-tout<\/em>. Cela conditionne notre accueil des sympt\u00f4mes des enfants et des plaintes et soucis des parents. Nous ne pouvons plus poser au principe de notre intervention que <em>pour<\/em> <em>tous<\/em> <em>les<\/em> <em>\u00eatres<\/em> <em>parlants<\/em>, <em>la<\/em> <em>famille<\/em> <em>est<\/em> <em>une<\/em> <em>fonction<\/em>, avec ce que cela comporte qu\u2019il y en ait un, le p\u00e8re, la m\u00e8re, ou le parent, voire l\u2019expert ou le coach, qui en serait le fondateur ou le souteneur, et de ce fait s\u2019en excepterait. Il faut ajouter que l\u2019enfant lui-m\u00eame est bien souvent situ\u00e9 par les parents \u00e0 la place de celui qui fonde la famille. Nous savons d\u2019exp\u00e9rience que toutes ces configurations produisent des effets possiblement d\u00e9vastateurs pour les membres de cette famille-l\u00e0.<\/p>\n<p>Nous partons donc d\u2019un autre point de vue, en posant qu\u2019<em>il<\/em> <em>n\u2019existe<\/em> <em>pas<\/em> <em>d\u2019\u00eatre<\/em> <em>parlant<\/em> <em>qui<\/em> <em>ne<\/em> <em>soit<\/em> <em>pas<\/em> <em>d\u2019une<\/em> <em>famille<\/em>, ce qui ouvre alors beaucoup de perspectives pour tous ceux qui sont en d\u00e9licatesse avec leur famille ou qui s\u2019estiment \u00ab sans-famille \u00bb, mais aussi pour tous les autres. Pour chaque enfant, couv\u00e9 ou laiss\u00e9 en plan, il y a l\u00e0 des possibilit\u00e9s de \u00ab bricolages \u00bb. R\u00e9pondant \u00e0 une logique du pas-tout, l\u2019institution \u00ab famille \u00bb offre d\u2019autres ressources : celles, pour l\u2019enfant, d\u2019\u00eatre pas-tout d\u00e9pendant des identifications familiales, pas-tout d\u00e9pendant de l\u2019amour, filial et parental, c\u2019est-\u00e0-dire de pouvoir en explorer les faces moins aimables. Et cela vaut aussi pour ses \u00ab partenaires au jeu de la vie \u00bb, p\u00e8re, m\u00e8re, beau-p\u00e8re, belle-m\u00e8re, et autres \u00ab famili\u00e9s \u00bb.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre avons-nous maintenant la parole et l\u2019esprit plus libres pour nous confronter \u00e0 enfant-le-terrible, l\u2019hyperactif, le dys, celui qui mord, celui qui ne dort pas, et \u00e0 ses parents exasp\u00e9r\u00e9s, affol\u00e9s ou d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s. Nous pouvons suivre ici le d\u00e9veloppement que fait J.-A.<\/p>\n<p>Miller dans son cours \u00ab Pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es \u00bb du 19 janvier 2005, sur \u00ab la question de la poursuite de la psychanalyse \u00e0 l\u2019\u00e9poque all\u00e9g\u00e9e 15\u00a0\u00bb. Il fait valoir que face \u00e0 cette \u00ab ma\u00eetrise<\/p>\n<p>all\u00e9g\u00e9e \u00bb qui vise \u00e0 ramener le sujet de sa particularit\u00e9 \u00e0 un universel, la psychanalyse n\u2019a pas \u00e0 entrer \u00ab dans une comp\u00e9tition de pouvoir th\u00e9rapeutique 16\u00a0\u00bb, dans la mesure o\u00f9, avec Lacan,<\/p>\n<p>elle est la seule \u00e0 prendre en compte la place de l\u2019objet <em>a,<\/em> aussi bien comme cause du d\u00e9sir, que comme plus-de-jouir, mais \u00e9galement comme consistance logique, comme un r\u00e9el \u00ab produit du symbolique 17 \u00bb. Il nous encourage \u00e0 prendre un point de vue \u00ab pragmatique et bricoleur 18\u00a0\u00bb qui consiste \u00e0 chercher avec les sujets les signifiants, les S qui \u00ab aident \u00e0 rendre lisible la jouissance 19\u00a0\u00bb et qui de ce fait \u00ab aident \u00e0 rendre lisible l\u2019histoire 20\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais toutes les situations que nous rencontrons ne r\u00e9pondent pas \u00e0 cette dialectique qui permet d\u2019installer \u00ab l\u2019appareil \u00e0 d\u00e9chiffrer de la psychanalyse 21 \u00bb. Il y a celles pour lesquelles nous avons \u00e0 consid\u00e9rer que, au c\u0153ur de l\u2019exasp\u00e9ration des parents exasp\u00e9r\u00e9s et de la terreur des enfants terribles, se loge \u00ab une jouissance illisible 22 \u00bb, qui ne peut que rester \u00ab lettre voil\u00e9e \u00bb, ce qui veut dire que nous avons \u00e0 la respecter \u00e0 cette place, que nous n\u2019avons pas \u00e0 chercher \u00e0 la r\u00e9duire, \u00e0 l\u2019annuler, \u00e0 l\u2019interpr\u00e9ter.<\/p>\n<p>Nous avons ainsi \u00e0 prendre en compte cette \u00ab \u00e9conomie de la jouissance \u00bb propre \u00e0 une famille.<\/p>\n<p>\u00c0 cette fin, l\u2019usage du terme de b\u00e9vue, de l\u2019une-b\u00e9vue 23, introduit par Lacan dans son<\/p>\n<p>S\u00e9minaire XXIV, nous est ici pr\u00e9cieux, en tant qu\u2019il \u00e9largit le concept de l\u2019inconscient freudien, en mettant l\u2019accent sur la trace d\u2019un passage : quelque chose a eu lieu, en un \u00e9clair c\u2019est arriv\u00e9. Une b\u00e9vue, il n\u2019y a pas plus proche, chez l\u2019\u00eatre parlant, pour faire signe de l\u2019\u00e9v\u00e9nement contingent. Ce ne sont pas de nouvelles significations qu\u2019il s\u2019agit d\u2019isoler, mais, \u00e0 partir d\u2019une b\u00e9vue, \u00ab le petit coup de pouce que chacun donne \u00e0 la langue qu\u2019il parle 24\u00a0\u00bb. Lacan indique \u00ab qu\u2019il n\u2019y a rien de plus difficile \u00e0 saisir que ce trait de l\u2019une-b\u00e9vue, dont je traduis l\u2019<em>Unbewusst<\/em>, qui veut dire en allemand <em>inconscient.<\/em> Mais traduit par l\u2019une-b\u00e9vue, \u00e7a veut dire tout autre chose \u2013 un achoppement, un tr\u00e9buchement, un glissement de mot \u00e0 mot 25\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019une-b\u00e9vue est un trait, que Lacan \u00e9gale au trait unaire, comme la seule chose qui fasse du Un dans un monde o\u00f9 \u00ab tous n\u2019ont aucun trait commun 26\u00a0\u00bb. Le seul trait commun, c\u2019est d\u2019\u00eatre marqu\u00e9 du trait de l\u2019une-b\u00e9vue. Les \u00ab b\u00eatises \u00bb des enfants, leurs tr\u00e9buchements divers, trouvent l\u00e0 un \u00e9clairage renouvel\u00e9 !<\/p>\n<p>Alors, \u00e7a nous int\u00e9resse beaucoup, parce que cela nous met de plain-pied avec la taxinomie des troubles de l\u2019enfance : trouble du langage, de l\u2019attention, dysphorie de genre, trouble des conduites, du comportement, troubles des sphincters. Voil\u00e0 toutes les grandes fonctions du corps parlant, d\u00e9j\u00e0 ordonn\u00e9es par le discours biopsychosocial de l\u2019OMS 27, qui tombent toutes sous ce trait de l\u2019une-b\u00e9vue. Le \u00ab trouble \u00bb, c\u2019est un trait d\u2019une-b\u00e9vue, mais accueilli, sans le secours d\u2019un voile sur la lettre, par quelqu\u2019un qui se conf\u00e8re l\u2019attribut du savoir, et de ce fait emp\u00eache au Un rec\u00e9l\u00e9 dans le trait de l\u2019une-b\u00e9vue d\u2019aller \u00e0 la recherche de son Autre. C\u2019est en effet la seule fa\u00e7on pour savoir qu\u2019il n\u2019y \u00e9tait pas d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit, et donc qu\u2019il ne fait pas destin.<\/p>\n<p>Pour nous, cela ouvre \u00e0 deux fa\u00e7ons de faire : accueillir comme trait d\u2019une-b\u00e9vue les divers d\u00e9sordres, troubles, \u00e0 partir du moment o\u00f9 ils sont pris dans un discours, et permettre ainsi \u00e0 ces signifiants de s\u2019\u00e9mettre vers d\u2019autres signifiants. C\u2019est l\u2019invention de l\u2019inconscient au sens freudien, toujours actuelle. Mais l\u2019autre man\u0153uvre, que nous pouvons d\u00e9signer avec un mot que Lacan emprunte au petit Hans, \u00ab \u00e7a consiste \u00e0 se servir d\u2019un mot pour un autre usage que celui pour lequel il est fait, on le chiffonne un peu, et c\u2019est dans ce chiffonnage que r\u00e9side son effet op\u00e9ratoire 28 \u00bb. Ainsi, soit on chiffonne pour arr\u00eater l\u2019h\u00e9morragie, soit nous visons l\u2019\u00e9clair, c\u2019est l\u2019effet auquel atteint quelquefois la po\u00e9sie ou le mot d\u2019esprit.<\/p>\n<p>Je vous propose que nous retenions de ce parcours que le trait d\u2019union entre parents exasp\u00e9r\u00e9s et enfants terribles, ne rel\u00e8ve ni de la dimension de la transmission, ni d\u2019un verdict de dysfonctionnement, mais n\u2019est pas autre chose que ce trait d\u2019une-b\u00e9vue qui raye la famille. Cette Une-b\u00e9vue qui, seule, peut fonder ce rapport de l\u2019enfant aux parents et des parents aux enfants, qu\u2019avec Lacan, nous interrogions au d\u00e9part.<\/p>\n<p>La b\u00e9vue contre la norme, oui c\u2019est possible.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h6><em>Texte<\/em> <em>prononc\u00e9<\/em> <em>le<\/em> <em>13<\/em> <em>mars<\/em> <em>2021\u00e0<\/em> <em>l\u2019issue<\/em> <em>de<\/em> <em>la<\/em> <em>6<\/em><em>e<\/em>\u00a0<em>Journ\u00e9e<\/em> <em>de<\/em> <em>l\u2019Institut<\/em> <em>de<\/em> <em>l\u2019Enfant.<\/em> <em>\u00c9dit\u00e9<\/em> <em>par<\/em> <em>Fr\u00e9d\u00e9rique<\/em> <em>Bouvet<\/em> <em>et<\/em> <em>Isabelle<\/em> <em>Magne.<\/em><\/h6>\n<hr \/>\n<h5>1. Lacan J., Le S\u00e9minaire, livre XXIV, \u00ab L\u2019insu que sait de l\u2019Une-b\u00e9vue s\u2019aile \u00e0 mourre \u00bb, le\u00e7on du 14 d\u00e9cembre 1976, Ornicar ?, no 12\/13, d\u00e9cembre 1977, p. 14.<br \/>\n2. Lacan J., \u00ab Les complexes familiaux dans la formation de l\u2019individu \u00bb, Autres \u00e9crits, Paris, Seuil, 2001, p. 27.<br \/>\n3. Ibid.<br \/>\n4. Ibid.<br \/>\n5. Ibid.<br \/>\n6. Ibid.<br \/>\n7. Lacan J. \u00ab Note sur l\u2019enfant \u00bb, Autres \u00e9crits, op.cit., p. 373.<br \/>\n8. Lacan J., Le S\u00e9minaire, livre V, Les formations de l\u2019inconscient, texte \u00e9tabli par J.-A. Miller, Paris, Seuil,<br \/>\n1998, p. 56.<br \/>\n9. Lacan J., \u00ab Le malentendu \u00bb, le\u00e7on du 10 juin 1980, Ornicar ? no 22\/23, printemps 1981, p. 13.<br \/>\n10. Miller J.-A., \u00ab Affaires de famille dans l\u2019inconscient \u00bb, Lettre mensuelle, no 250, juillet \/ ao\u00fbt 2006, p. 10<br \/>\n11. Miller J.-A., \u00ab Pr\u00e9face \u00bb, in Bonnaud H., L\u2019inconscient de l\u2019enfant. Du sympt\u00f4me au d\u00e9sir de savoir, Paris,<br \/>\nNavarin \/ Le Champ freudien, 2013, p. 11.<br \/>\n12. Lacan J., \u00ab Note sur l\u2019enfant \u00bb, op.cit., p. 373.<br \/>\n13. Ibid<br \/>\n14. Cf. Laurent \u00c9., \u00ab Institution du fantasme, fantasmes de l\u2019institution \u00bb, Les feuillets du Courtil, no 4, avril 1992, p. 9.<br \/>\n15. Miller J.-A., \u00ab Pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es \u00bb, La Cause freudienne, no 63, juin 2006, p. 122.<br \/>\n16. Ibid.<br \/>\n17. Ibid., p. 126.<br \/>\n18. Ibid., p. 130.<br \/>\n19. Ibid.<br \/>\n20. Ibid.<br \/>\n21. Ibid., p. 129.<br \/>\n22. Ibid., p. 128.<br \/>\n23. Lacan J., Le S\u00e9minaire, livre XXIV, \u00ab L\u2019insu que sait de l\u2019Une-b\u00e9vue s\u2019aile \u00e0 mourre \u00bb , le\u00e7ons du 10 et du 17<br \/>\nmai 1977, Ornicar ?, no 17\/18, printemps 1979, p. 16-23.<br \/>\n24. Lacan J., Le S\u00e9minaire, livre XXIII, Le sinthome, texte \u00e9tabli par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2005, p. 133.<br \/>\n25. Lacan J., Le S\u00e9minaire, livre XXIV, \u00ab L\u2019insu que sait de l\u2019Une-b\u00e9vue s\u2019aile \u00e0 mourre \u00bb, op.cit.p. 18.<br \/>\n26. Ibid.<br \/>\n27. L\u2019OMS \u00e9labore et diffuse \u00ab une famille de classifications \u00bb pour d\u00e9finir les deux dimensions des \u00e9tats dysfonctionnels et des comportements dysfonctionnants : d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la CIM, Classification Internationale des Maladies, de l\u2019autre la CIF, Classification Internationale du Fonctionnement, du Handicap et de la Sant\u00e9, consultable sur le site OMS (https:\/\/apps.who.int\/iris\/bitstream\/handle\/10665\/42418\/9242545422_fre.pdf)<br \/>\n28. Lacan J., Le S\u00e9minaire, livre XXIV, \u00ab L\u2019insu que sait de l\u2019Une-b\u00e9vue s\u2019aile \u00e0 mourre \u00bb, op.cit.p. 21.<\/h5>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>PARENTS EXASP\u00c9R\u00c9S \u2013 ENFANTS TERRIBLES Daniel Roy &nbsp; Tel est le titre que Jacques-Alain&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[139],"tags":[],"class_list":["post-5660284","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-textos-de-orientacao-eixo-1"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ebp.org.br\/nordeste\/jornadas\/2022\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5660284","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ebp.org.br\/nordeste\/jornadas\/2022\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ebp.org.br\/nordeste\/jornadas\/2022\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ebp.org.br\/nordeste\/jornadas\/2022\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ebp.org.br\/nordeste\/jornadas\/2022\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5660284"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/ebp.org.br\/nordeste\/jornadas\/2022\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5660284\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5660285,"href":"https:\/\/ebp.org.br\/nordeste\/jornadas\/2022\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5660284\/revisions\/5660285"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ebp.org.br\/nordeste\/jornadas\/2022\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5660284"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ebp.org.br\/nordeste\/jornadas\/2022\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5660284"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ebp.org.br\/nordeste\/jornadas\/2022\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5660284"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}